Du 16/02/2026 au 13/03/2026 « Les écarts déterminants » résidence-exposition de Ernesto Oroza à la Chambre des méthodes

Les écarts déterminants – Résidence de création de Ernesto Oroza

A partir de l’île de Cuba, prise entre une oppression politique interne et le blocus américain, depuis plusieurs décennies Ernesto Oroza construit une lecture renouvelée de la production, reliant les artefacts de la vie quotidienne cubaine à de multiples récits sur l’objet.

Cette théorie du design construite à partir de pratiques amateurs mais aussi nourrie des démarches d’artistes impliqués dans l’espace politique et social cubain, permet un renouvellement fondamental de la conversation autour des processus de conception.

Ernesto Oroza montre comment les liens entre pièces techniques -autoproduits de la nécessité- et l’environnement domestique organisent une désobéissance technologique généralisée. Apparaît alors un manifestes de design a posteriori : il nous décrit comment les citoyens de Cuba combinent leurs objets, leurs cultures populaires, leurs ressources restreintes pour produire un cadre de vie témoignage d’un design populaire vivace.

Cette enquête au long court se diffuse alors de façon systématique, mettant en scène documentations populaires, pattern de formes, indices situés, dessins collectifs pour représenter le maillage à l’oeuvre, maillage que le designer revendique pour nous comme le résultat de son design le plus profond, à travers la sentence  « tout le monde peut designer, même les designers ».

Ernesto remercie Liliam Dooley, Fabian Oroza, Olivier Peyricot et l’équipe DROP! pour leur soutien précieux. Il remercie tout particulièrement Gabriel Lecurieux et Samantha Zannoni pour leur collaboration et leur complicité.

Vernissage : Vendredi 13 mars 18h-21h

(les autres jours, visites sur RDV)

Résidence-Exposition

Résidence du 16/02/2026 au 18/04/2026

Info : Instagram.com/drop_methodes

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« L’inconnu est presque notre seule tradition. » – José Lezama Lima

« Le rouleau de transmission du rikimbili est peut-être un objet insignifiant, qui ne mérite pas qu’on lui consacre une seule ligne. Il est possible que cet artefact ne soit que le signe d’un phénomène transitoire, idiosyncrasique et périphérique. Cependant, je pense que, comme nous le faisons dans les Caraïbes avec les ouragans, les rouleaux de transmission du rikimbili devraient recevoir des noms propres. Cette incitation vient de ces photos : ce que chacune de ces mains tient est un centre. Chaque rouleau est le centre d’un monde et, lorsqu’il tourne, il organise tout ; même ce qui est impair entre en relation. La périphérie sera alors le lieu où son tourbillon ne sera pas compris. » – E.O. (extrait de « Notes sur un objet improbable »)

« Le rouleau sert à transformer un vélo en véhicule automobile, et à transformer le moteur d’une scie en moteur d’un véhicule motorisé. Le rouleau, dans son rôle de charnière, semble décentrer les identités, et permettre et stimuler les permutations. Au-delà du fait que le rouleau est ancré au cœur d’un appareil (le moteur) et touche tangentiellement l’autre (le vélo, plus précisément sa roue), sa véritable position est intermédiaire. Le rouleau fonctionne comme un interlude, il se trouve entre les deux, les articulant pour produire une troisième chose (le rikimbili). Notez que je ne compte pas le rouleau dans cette somme, car son improbabilité l’exclut d’elle-même. Le rouleau est le temps entre deux notes, ou la frontière entre deux images. Je me demande si le rouleau coagule ce que José Lezama Lima appelle « eros relacionable », cette « offre » relationnelle que possèdent les éléments, qu’il s’agisse de mots, de matières ou d’objets; ou s’il stimule ce qu’Arthur Jafa désigne dans certaines images comme « affective capacity » ou « spooky entanglement », des liens entre les images, établis a priori, par des forces techniques, historiques et épistémiques ; ou active ce qu’Edouard Glissant propose comme « les écarts déterminants », afin que, refusant de devenir un amalgame, le moteur de la plaqueuse continue de l’être, et que le vélo reste un vélo même si, ensemble, ils forment un rikimbili. Ce qui est présenté ici, c’est la possibilité d’assumer le rouleau comme le rikimbili lui-même : comme le montage dialectique, c’est-à-dire « le bricolage », qui fait surgir une image inattendue dans la salle obscure du cinéma, voire non présentée et seulement suggérée. » – E.O. (extrait de « Notes sur un objet improbable »)

Résidence du 16 février au 13 mars 2026, présentation-vernissage le 13 mars 2026

Rencontre avec Ernesto Oroza à la Chambre des méthodes le mardi 31 mars à 18H.